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Communiqué / Ce n’est pas le prix à payer pour porter nos œuvres

Communiqué

Depuis plusieurs jours, le collectif La Grosse Plateforme et le chorégraphe Jean Hostache sont victimes d’une campagne de harcèlement d’extrême droite.

Une vidéo présentant leur travail a été utilisée par des comptes fascistes pour « dénoncer » l’attribution supposée des subventions culturelles, ridiculiser certaines pratiques artistiques contemporaines, notamment dans l’espace public, et surtout véhiculer des attaques homophobes, sexistes et handiphobes. 

Ce ne sont pas les seul·es. Ces derniers jours, le collectif l’An 01 a subi des annulations en cascade. Le festival CHAP a vécu des attaques.

Les artistes travaillent dans un climat de plus en plus délétère, les budgets alloués à la création artistique et à la diffusion d’œuvres fondent, le plan social de la culture est une réalité documentée. À cela viennent s’ajouter depuis une quinzaine d’années, et de manière de plus en plus soutenue, violente, terrorisante, les attaques d’extrême droite. Ces attaques ciblent en particulier des artistes qui portent des propos considérés comme progressistes, et/ou qui font partie de groupes toujours ciblés : personnes subissant le racisme, le sexisme, l’homophobie, la transphobie, la handiphobie. Ces attaques nous utilisent comme des épouvantails, autant que comme des boucs-émissaires, des cibles. Elles nous mettent en danger au-delà même de la violence qui leur est intrinsèque. 

Par ricochet, les programmateur·ices qui nous soutiennent et qui permettent à nos œuvres d’être vues dans l’espace public sont aussi les cibles de ces attaques. C’est particulièrement le cas de l’équipe d’Art’R ces derniers jours, qui subit une campagne de désinformation massive. C’est l’existence même de spectacles en espace public qui est dénigrée, moquée, discréditée.

On ne parle pas de critiques, de discussions et de débats, on ne parle même plus « seulement » de manifestations fascistes et tentatives d’interruption des spectacles, on parle aussi de campagnes de harcèlement, de menaces à l’intégrité physique, de menaces de mort. Ce n’est pas le prix à payer pour porter nos œuvres, et ça ne doit certainement pas être le prix à payer pour être qui nous sommes.

Les pouvoirs publics, les décisionnaires politiques et les pouvoirs médiatiques réagissent très peu, leur silence est lourd de conséquences. Même, certains pouvoirs publics censurent certaines compagnies, et sont clairement du côté de l’extrême droite. Le fait que les pouvoirs publics et médiatiques ne prennent pas la défense des artistes qui subissent les assauts de l’extrême-droite est honteux, et en dit long sur l’état politique de notre pays, et la crise que nous traversons. Le fait que des artistes et d’autres personnes ne cessent de prendre la parole, proposer des discours, des œuvres, des utopies, envers et contre tout, en dit long sur nos capacités de résistance aux projets fascistes, et l’espoir que nous sommes en mesure de porter.

Il faut absolument que nous (professionnel·les, artistes, programmateur·ices, publics, subventionneurs…), nous défendions contre ces attaques, que nous fassions preuve d’une solidarité sans faille, que nous continuions à dénoncer, contrer, porter des discours qui ne vont pas à l’extrême droite. 

Si le temps est à la guerre contre les idées fascistes, nous ne devons pas avoir peur d’attaquer, de saboter leurs stratégies, de mettre à jour leurs mensonges, leurs horreurs. C’est un combat, nous le voyons bien, qui est difficile à mener, et même si les mots semblent galvaudés : il s’agit de le mener ensemble. Pour que des artistes, et des personnes en général, ne se retrouvent pas isolées face aux aboiements et aux morsures de ces enragé·es. 

Nous devons nous organiser, pouvoir apporter du soutien matériel, juridique, amical, aux artistes qui sont victimes de ces campagnes nauséabondes. Les pratiques antifascistes consistent aussi à protéger les victimes, porter des discours pluriels, affirmer les présences d’artistes pluriel·les.

Dans un moment qu’on qualifie de “pré-fasciste”, où la liberté de création et de diffusion sont menacées par les forces conservatrices, il nous semble important d’affirmer la nécessité de la présence des personnes faisant l’expérience minoritaire, de leurs narrations spécifiques, de leurs points de vue ni plus ni moins situés que d’autres sur les sujets dits universels. Et nos expériences ne s’équivalent pas, elles s’ajoutent. Il ne s’agit pas de remplir la case “narration minoritaire” en prenant au choix une artiste queer, ou racisée, ou handi.

Nous (personnes racisé·es, queers, handis) sommes les premières victimes du fascisme, nous devons avoir droit à la parole face à ces mouvements, et il faut nous laisser le faire comme on le veut. On a plus d’expérience, on est expertes.

Nous devons affirmer nos positions politiques, et obliger les pouvoirs publics à clarifier les leurs. Ne laissons pas les fascistes et les extrêmes-droites gagner du terrain. Changeons la direction du vent, que leurs campagnes de merde leur retombent dessus.

Communiqué de la Commission inter-régionale Égalité des genres dans les arts de la rue, la FéRue – Fédération des arts de la rue en Île-de-France, la PAM – Commission pour les Professionnel·les et Artistes Minorisé·es.

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