fédération des arts de la rue i.d.f

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et culturels
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Rencontre thématique – Une collaboration entre les services pour un meilleur accueil des arts de la rue

30 janvier 2009 – Maison des Associations – Ville du Pré-Saint-Gervais

Intervenants :

Francis Lepape, Directeur général adjoint de la Ville de Bagnolet

Thierry Malvoisin, directeur technique, formateur-intervenant et consultant culturel spécialisé en espace public (collectivités territoriales, entreprises culturelles et compagnies)

Modérateur : Bernard Bellot

Participants: (voir la liste)


L’atelier débute avec un discours d’accueil de Martine Legrand, élue à la culture de la Ville du Pré-Saint-Gervais. Puis, en introduction, Christine Misselyn, directrice des affaires culturelles du Pré-Saint-Gervais, rappelle que la mairie du Pré-Saint-Gervais qui accueille ces journées, a toujours privilégié les arts de la rue, car ils décloisonnent la culture et permettent à l’art d’être visible par tout le monde et par tous les publics.

Bernard Bellot : Il s’agit du 3ème cycle de rencontres de la Fédération des arts de la rue, cette fois-ci organisée autour du thème de la transversalité. Les arts de la rue sont dans une démarche transversale dès le départ, par leur histoire (les artistes viennent d’horizons différents : théâtre, musique etc.), et dans leur manière de travailler. On se retrouve souvent à avoir affaire à plusieurs services, qui n’ont pas l’habitude de travailler ensemble. D’où le sujet d’aujourd’hui : comment recevoir une compagnie d’arts de la rue avec le maximum d’efficacité ? Et comment les arts de la rue peuvent-ils mettre un peu d’huile dans les rapports entre les services d’une mairie ?

Thierry Malvoisin : Ma première rencontre avec les arts de la rue a eu lieu en 1999. J’étais missionné à la mairie d’Issy-les-Moulineaux, au service fête et animation, créé pour les illuminations de fin d’année.

L’idée était de marquer le passage de millénaire : les arts de la rue s’imposent à ce moment là puisque on ressent que c’est par ce biais qu’on peut organiser un grand évènement populaire, qui doit se passer dans l’espace public. Il y avait donc une programmation ambitieuse, avec de gros évènements de rue, qui ont eu lieu au rythme des saisons et avaient dimension participative forte, qui incluait des habitants, des amateurs, des élèves du conservatoire. L’habitude fut prise ensuite à Issy-les-Moulineaux de travailler avec les arts de la rue de façon durable, sous des formes plus petites. En 2003, je travaille à Villiers-sur-Seine, en Essonne, pour le festival Tumultes clairement identifié arts de la rue ; je bascule alors du côté associatif. Ensuite je deviens directeur technique de la compagnie Oposito, ce qui va me permettre d’être accueilli dans les villes en tant que compagnie au gré de la tournée du spectacle. Actuellement, je suis référent à la formation technique au CFPTS à Bagnolet.

Francis Lepape : Ma première rencontre avec les arts de la rue s’est faite dans les années 1980, j’étais responsable du service jeunesse à la ville de Nanterre. La direction de la culture était à cette époque (1985-1986) précurseur, puisqu’ils avaient lancé la première édition du festival Parade. A cette époque-là, les arts de la rue étaient très bizarres pour tout le monde, y compris pour moi qui venais des musiques amplifiées. (...) Ce qui était très frappant à l’époque, c’était l’engouement massif de la population pour ce festival. Professionnellement, j’ai évolué ensuite vers le secteur culturel : mes premières programmations arts de la rue ont eu lieu à Villiers Le Bel, puis dans la communauté d’agglomération autour de Villiers Le Bel. Dans ce territoire un peu difficile (avec très peu d’acteurs culturels, très peu d’histoire culturelle), on a essayé de lancer une programmation, à la fin des années 1990, avec une population qui n’avait jamais vu un artiste des arts de la rue, ni des arts forains, ni du cirque… Il y a eu des rencontres incroyables entre les artistes et les habitants de ces quartiers. Les élus de Garches les Gonesse, Sarcelles, des villes très pauvres (avec peu ou pas d’équipements), ont très vite investi ce nouveau domaine puisqu’ils sentaient qu’il se passait quelque chose. Ce festival qui était local (à l’échelle de la ville) au départ s’est donc développé à l’échelle de la communauté agglomération (...). Puis j’ai eu différentes expériences en tant que programmateur. Après j’étais à Bagnolet. Il n’y avait pas de gros équipements mais c’est une ville culturelle très riche avec un passé culturel très important. Et l’équipe de la direction de la culture avait un certain intérêt pour les arts de la rue. Les élus à cette époque-là (au début des années 2000) souhaitaient revoir toute leur politique événementielle ; ils ont donc demandé à la direction de la culture de s’emparer de la fête de la ville. On a commencé avec l’accueil de 5 compagnies, puis 10, puis l’année dernière on a fini avec une programmation très lourde, avec une trentaine de compagnies différentes. Le projet a pris une place très importante dans la politique culturelle de la ville puisqu’il associait des habitants bien en amont (par des ateliers ou des stages). Le Conseil Général nous a accompagnés en finançant la résidence de la compagnie KMK, qui a fait un travail remarquable dans un parc départemental autour d’un projet d’appropriation du parc par les habitants. Aujourd’hui, on espère que la ville de Bagnolet va continuer ce travail avec les arts de la rue, puisque les collectivités ont aujourd’hui d’immenses difficultés financières qui les amènent parfois à reconsidérer leur politique culturelle.

Bernard Bellot : Qui impulse un projet arts de la rue dans une ville ?

Thierry Malvoisin : De manière générale, c’est le service culturel, après avoir récupéré la prérogative sur le service des relations publiques et de la communication pour la gestion des fêtes de ville. Il faut d’ailleurs bien noter qu’il y a eu un glissement : au début ces projets étaient portés par des services transversaux au sein de la municipalité. Si le service culturel a récupéré la gestion de ce type de fête, il n’a pas toujours récupéré en même temps la légitimité de porter ce qui se rapproche d’un projet de ville, qui va l’amener à travailler avec l’ensemble des services de la municipalité et à s’adresser au public le plus large possible.

Francis Lepape : Le point de départ reste la forte volonté des politiques. Rien n’est possible sans un maire qui se donne les moyens de s’intéresser aux arts de la rue, qui en parle à ses adjoints et qui donne le la. Très souvent, les directions de la culture sont les principaux pilotes puisqu’aujourd'hui, les arts de la rue ont gagné une très forte légitimité et ont pris toute leur place dans les politiques culturelles. A ce titre, le directeur de la culture doit garantir le travail transversal, il joue un rôle de médiateur indéniable, avec les services de la voirie, les services techniques. Mais l’impulsion de départ, c’est les élus qui doivent la donner. Un maire peut avoir des velléités dans ce domaine là et ne pas être bien suivi par ses adjoints : il y a donc un travail en amont à faire, de prise de conscience, d’explication, et de médiation du projet avec les collègues pour que tous les élus partagent cette envie d’accueillir les arts de la rue.

Thierry Malvoisin : Il y a différents champs d’applications des arts de la rue. S’il s’agit d’un festival clairement identifié arts de la rue, dans ce cas le projet est clairement porté par la direction de la culture.

Mais les arts de la rue sont de plus en plus sollicités pour participer à d’autres événements : les voeux du maire, la fête nationale, les feux d’artifice, le marché de Noël, les vide-greniers etc. Il y a de plus en plus une dynamique des services qui programment les arts de la rue en dehors de ce qui est porté par les services culturels. Après, on peut évoquer les différentes fonctions des arts de la rue : on peut dire que cela permet à un grand nombre d’habitants d’assister à des spectacles de manière gratuite sans avoir à franchir les sacro-saintes portes du théâtre. Mais il y aussi d’autres choses : par exemple accueillir sur son territoire en résidence une compagnie arts de la rue, qui va avoir d’autres implications sur du long terme, qui va associer des écoles, des centres de loisirs etc. Il peut y avoir aussi une collaboration avec une direction artistique des arts de la rue pour coller un évènement sur une histoire locale, pour travailler sur une problématique posée par les élus. Les arts de la rue peuvent avoir aussi pour fonction de faire passer un message fort, puisqu’ils peuvent bouleverser les habitudes et transfigurer la vision que les habitants ont de leur territoire.

Alexandre Ribeyrolles : Du côté des artistes, il y aussi des acteurs arts de la rue qui, à l’échelle d’une ville, d’un département, ou d’une région vont donner envie aux élus d’impulser un projet. (...) Il faut aussi faire attention à l’instrumentalisation des arts de la rue. Les arts de la rue ont leur place dans le secteur culture, dans la poésie et pas seulement dans le lien social. Après on peut avoir des effets dans ce secteur mais les arts de la rue n’ont pas que des fonctions, il ne faut pas se perdre dans ces intérêts politiques. Et c’est grâce à cela que l’on va pouvoir faire travailler les services ensemble : par exemple quand on arrive au service technique et que l’on parle de poésie, c’est sûr qu’il y a un quiproquo pendant quelques semaines. C’est cela qui fait notre force, quand on fait travailler le service de la voirie sur une oeuvre, il participe à un projet qui fédère autour de la poésie.

Thierry Malvoisin : Oui, on se demandait qui peut faire la médiation entre les différents services au sein de la municipalité (ce profil de médiateur qui reste encore à définir), mais l’autre versant de cette expertise c’est les artistes qui peuvent l’apporter aux collectivités, ils ont une expertise directement liée à la poésie.

Jean Raymond Jacob : Mais l’art ne sert à rien. On est sur une alchimie, qui va donner je ne sais quoi.

Il y a une chose sûre et certaine : s’il n’y a pas une vraie rencontre entre l’artiste et une volonté politique, entre un bouffon et son roi, il n’y aura pas de manifestation.

Alain François : Dans notre ville, on n’a pas beaucoup de moyens, mais on a des commandes des autres services (évènement, carnaval) et moi j’essaie toujours d’impulser dans ces commandes une lisibilité des spectacles de rue. On a par exemple une thématique annuelle autour de l’eau avec des débats et un évènement festif ; quand on cherche un spectacle de rue qui a un rapport avec cette thématique, ce n’est pas de l’instrumentalisation. C’est un appui et le spectacle garde sa part de poésie.

Alain François : Dans ce cas-là, le service culturel n’est plus le pilote mais un accompagnateur (...).

Francis Lepape : Ce point de friction sur l’instrumentalisation des arts de la rue vaut pour tout champ artistique et même tout champ culturel (les élus parlent par exemple d’attractivité économique, d’aménagement de la ville). On peut parfois être loin des notions d’épanouissement, de partage du sensible, ou de l’idée de mettre en mouvement les pensées… Il faut accepter que les artistes et les élus n’aient pas le même angle de vue. Les élus cherchent à mesurer les impacts sur sa ville, les artistes sont dans une autre quête. Les professionnels de la culture essaient de leur côté de trouver une autre relation aux habitants, de sortir d’une relation consommatrice. (...) Mais il y a parfois des dérives qu’il faut surveiller : on programme des arts de la rue et puis on les jette, parce qu’autre chose est apparu entre temps (comme la vidéo). L’évolution des arts de la rue sur les trente dernières années est tout de même assez belle et irréprochable. Le principal enjeu reste l’inégalité entre les territoires, entre une misère extrême sur un territoire et une grande richesse dans un autre. Il faut accepter cette zone de frictions entre élus, artistes et habitants ; il faut aussi que les artistes imposent leurs points de vue en affirmant qu’ils ne viennent pas que pour respecter une commande. (...)

Thierry Malvoisin : C’est un peu curieux ce terme d’instrumentalisation, ça peut aussi être présentée comme une collaboration. A un moment donné, il y a une vraie convergence d’intérêt entre une volonté politique qui cherche à faire quelque chose sur un territoire donné et des artistes de rue qui savent ce que c’est que de jouer dans l’espace public.

Francis Lepape : Cette alchimie ne se décrète pas, c’est souvent au bout de 3-4 ans qu’elle intervient.

Quand on programme une compagnie pour la cinquième fois, l’histoire se prolonge et la relation aux habitants change complètement. Et ces compagnies sont aussi connues par les services techniques, ce qui modifie la qualité des coopérations. Programmons plusieurs fois les compagnies.

Bernard Bellot : A partir du moment où l’on intervient dans la rue, c’est comme si l’on intervenait chez les gens : on doit nécessairement prendre en compte le contexte (à la différence des artistes dans une salle, qui invitent les gens chez eux). On est l’objet d’un dialogue. Moi, ça ne me dérange pas d’être instrumentalisé car je sais que je vais pouvoir dire oui ou non. Je préfère un politique qui affirme quelque chose, car je peux me glisser dans ce qu’il propose. Pendant longtemps on a été considéré comme des rabatteurs vers l’art et les vrais artistes, mais on sort de ça aujourd’hui. Les résidences sont aussi un moyen de proposer des choses, de travailler ensemble, de collaborer pour savoir ce qu’on peut proposer dans la ville.

Alexandre Ribeyrolles : On est souvent porté par un ensemble de services. Quand des artistes de rue arrivent, ils amènent des problématiques nouvelles que tout le monde doit résoudre avec des services qui s’y plient ou pas. Mais comme les artistes sont de gros malins, ils arrivent généralement à faire dialoguer les différents services entre eux. (...)

Thierry Malvoisin : (...) Les élus et les services doivent être en synergie parce que les artistes amènent cela – de la synergie au niveau du territoire.

Marie Do Freval : Je trouve que les arts de la rue, beaucoup plus encore que les arts en salle, doivent parler avec les élus de ce qu’est une politique culturelle. Il faut travailler avant sur ce que c’est qu’un territoire, sur ce que c’est que des habitants qui circulent, qui se parlent ou ne se parlent pas ; la collectivité territoriale est un partenaire privilégié pour trouver la manière de fédérer les gens autour d’une histoire ou d’un projet.

Pierre Prévost : Une démarche artistique est de toute façon tous les jours à refaire. Nous sommes à la fois instrumentistes et instruments. Mais une fois qu’on a les artistes et les élus, il manque tout de même un producteur. On peut travailler dans une ville pour le service enfance, puis pour le service voirie, sans qu’ils sachent qu’on a déjà bossé chez eux. Il y a un cloisonnement hallucinant, qui constitue une énorme perte de moyens. Et le service de communication, c’est en général la Berezina : on apporte de l’image, un étendard et souvent il n’y a aucun rapport d’établi avec le service com’ alors que la communication ça fait partie de notre travail. (...)

Laurence Hadj Boaza : On sent un peu d’agressivité vis-à-vis des mairies. Quelle méthode faudrait-il appliquer pour remédier aux problèmes de coordination ?

Pierre Prévost : Il y a un vrai problème de management à l’intérieur des mairies. Tu peux faire de la pédagogie avec un auditoire qui est ouvert mais si les élus ne viennent pas voir les spectacles… Souvent c’est autre chose qu’un problème d’instrumentalisation, on n’est même pas utilisé : il y a d’un côté la politique culturelle de la ville, de l’autre la gestion de l’image alors qu’on est là pour créer de l’émotion ; il y a souvent un gâchis terrible (...).

Alexandre Ribeyrolles : On a une force qui consiste à pouvoir mettre tout le monde autour d’une table pour les faire dialoguer. On a un vrai avantage par rapport aux autres artistes, on est une force de conciliation, même s’il faut passer par des moments de tensions.

Pierre Prévost : Mais on n’a pas le temps ou pas le moyen de les faire dialoguer.

Alexandre Ribeyrolles : A un moment, il faut accepter le quiproquo ; après, c’est à toi de choisir l’endroit ou tu as envie de t’imposer par rapport à ce que tu proposes. (...)

Pierre Prévost : Parfois on fait des choses magnifiques, qui se passent très bien, et après plus rien, ils ne se passent rien (...).

Thierry Malvoisin : C’est quand même intéressant de voir qu’on interroge la vie d’une ville à chaque fois que les arts de la rue interviennent. A chaque fois qu’on organise un événement dans un espace public, ça avance, il y a de moins en moins de problème pour organiser la collaboration entre les services.

A Sotteville les Rouen par exemple, ça marche bien maintenant. Aujourd’hui, il y a des réflexions dans des villes sur le mobilier urbain pour pouvoir ménager la possibilité d’accueillir des spectacles dans l’espace public. (...) Si les arts de la rue interrogent l’espace public, qui est de plus en plus réduit à l’espace congrue, c’est tant mieux aussi, ça fait avancer la réflexion sur l’espace public.

Olivier Meneux : Attendre qu’une collectivité parle en un seul nom est une utopie absolue, qui est de toute façon systématiquement battue en brèche. La question porte sur le dialogue entre une collectivité et des territoires, des acteurs professionnels de la culture, des élus et des techniciens. Cette question se pose en permanence : comment dialoguer aujourd’hui dans cette situation-là ? (...)

Thierry Malvoisin : Il faut tout de même identifier un interlocuteur qui a la légitimité d’aller voir chaque service, de les mettre autour d’une table, de les faire dialoguer, même si cet interlocuteur est rare. (...)

Jean Raymond Jacob : Ça ne fait que trente ans qu’on existe, on travaille sur des territoires qui n’existent pas encore. Quand Oposito arrive, on débarque à 60, on est attendu, et pourtant même pour une équipe comme la nôtre, alors que tout est fait pour nous, il faut du temps pour faire comprendre ce dont on a besoin ; on a un travail de pédagogie à faire en permanence. On est sur un territoire neuf qu’il faut encore construire.

Francis Lepape : Il y a tout de même eu une belle évolution, les équipes se sont professionnalisées, elles ont intégré le fait qu’il fallait trouver un compromis entre la fiche technique du spectacle et les contraintes de la ville. L’élu est l’élément fondamental qui donne le ton, qui doit affirmer sa volonté de programmation des arts de la rue dans sa politique culturelle. Si l’on n’a pas cela, on peut être face à tout un tas de dérives… Par ailleurs, les règlementations auxquelles font face les services techniques sont de plus en plus contraignantes. Quand on attaque une préparation, on est souvent tout de suite dans le concret, dans la fiche technique, sur la faisabilité etc. Souvent on n’a pas préparé en amont la présentation de l’artiste et de son travail. Il faut parler avec les élus et les services de la programmation, de la compagnie, présenter le propos des artistes, évoquer la compagnie, ce qu’elle fait etc. et ne pas considérer les services techniques comme des prestataires de service. Là on obtient une fluidité plus forte… Il y a souvent des résistances culturelles ou politiques dans les services municipaux, (...) il faut tenter de dépasser ces résistances ou ces peurs par tout un travail de médiation en amont.

Thierry Malvoisin : La confrontation directe entre les services techniques et les compagnies peut aussi être assez géniale. On se rend compte qu’il y a des phénomènes d’adhésion au moment des montages ou démontages, parce que tout d’un coup pour les techniciens, ça leur change la vie, ça change les habitudes. (...)

Marcello De Fillippis : Est-ce qu’il y a une formation pour les techniciens des villes ?

Thierry Malvoisin : Pour le CFPTS il n’y a pas d’accord, en région il y a quelques formations  (comme à Sotteville). Mais ces questions sont de plus en plus abordées. (...)

Pause et présentation des participants.

Bernard Bellot : Pour terminer, est-ce qu’on pourrait trouver un embryon de méthode pour que tout se passe bien dans l’organisation de projets Arts de la rue ?

Thierry Malvoisin : Il y a un travail de médiation à faire par une compagnie installée sur un territoire, par un médiateur qu’il faut identifier à l’intérieur de la municipalité et qui aura la légitimité d’avoir une position transversale.. La municipalité doit être à même de coordonner ce travail. Il y a aussi une question de formation, les cadres techniques devraient être formés d’avantage à ce type de projet.

Francis Lepape : Il y a tout de même un fossé entre les élus locaux et le monde des compagnies. Un élu local qui vient d’être élu, encore plus s’il prend la direction de la culture, découvre tout. Il faut imaginer des espaces nouveaux de rencontres avec les élus, il faut les sensibiliser, les former, les amener à faire des choix politiques (...). Le chemin est encore long à parcourir pour que les élus mesurent ces enjeux culturels et soient en mesure de guider ce travail. Il y a tout de même des compétences nouvelles qui se sont bien développées dans les municipalités et qui peuvent faire ce travail transversal de coordination des services. Pour les compagnies, ayez le réflexe tout de même de vous rapprocher du service de la culture même si vous êtes programmés par le service d’organisation des fêtes. Il faut aussi n’oublier personne dans le tour de table de préparation ; il faut parler du projet artistique, laisser les artistes présenter leur travail, dès les premières réunions de lancement. Il faut créer l’alchimie dès le départ en favorisant le dialogue et les rencontres. Ce qui est sûr, c’est que les arts de la rue impulsent, vivifient et apportent un complément précieux qui est absolument incontournable pour aller à la conquête de « ceux qui ne nous demandent rien » (selon une formule de Jean-Jack Queyranne). (...) Le chantier à investir pour l’instant, c’est la notion de résidence, les conseils généraux peuvent d’ailleurs être des leviers importants pour développer ces résidences. Il y a aussi la question des espaces publics et des aménagements : partout où une compagnie est passée et où elle a révélé des dysfonctionnements, elle a réveillé des volontés politiques de se réapproprier les lieux. Pour créer véritablement du lien, il faut permettre aux artistes de revenir plusieurs fois, sur plusieurs saisons, de réinterroger eux-mêmes leurs projets artistiques et leurs créations.

Thierry Malvoisin : Si les artistes créent dans espace public, c’est un geste fort, conséquent, ils se mettent en danger. Programmer quelque chose dans l’espace public a aussi un sens fort : cet espace-là doit être l’espace de la réconciliation, pour les élus, pour les services, et aussi pour les habitants

Pierre Prévost : Il faudrait imaginer une sorte de Fourneau en Ile-de-France, qui aurait une fonction de passerelle, de passeur, qui ferait du lobbying auprès de l’éducation, de l’accompagnement et qui ferait un travail que l’on ne peut pas faire.

Alain François : Parler aux élus c’est bien, mais il faut parler aux services aussi car c’est eux qui décident de la faisabilité du projet. (...) Il faudrait peut-être trouver quelque chose, une réunion spécifique en direction des élus (...).

Francis Lepape : Il faudrait rentrer en contact avec des organismes de formation des élus locaux, de façon à les former d’avantage à ces problèmes spécifiques. (...)

Participante : Il y a aussi un travail à faire avec le public. Il y a des relais essentiels (comme des centres de loisirs qui trouvaient les arts de la rue élitistes) qu’il faut aussi convaincre et associer. (...)

Thierry Malvoisin : Il y a exactement le même panorama dans les arts de la rue que dans les arts en salle, avec des propositions très pointues et d’autres moins pointues.

Bernard Bellot : Avec exactement la même proportion de choses nulles ou intéressantes qu’ailleurs…

 

Liste de Participants:

Isabelle Altounian, Ville des Lilas

Yacine Amblard, association mov'n aktion Pré Saint Gervais

Mélissa Azaiche, Association Faire le mur

Karim Berkouk, Compagnie Ré-percussion

Hélène Billy, compagnie Les souffleurs

Christian Bourdel, Kiftong Compagnie

Stéphanie Bourson, Ville de Bagnolet

Marcello De Filippis, Ville du Bourget

Patricia Eppe, Ville de Stains

Guy Fourrier, Aide-soignant

Alain François, Ville de L'ile Saint Denis

Marie Do Fréval, compagnie Catherine Hubeau

Judith Frydman, Festival de l'oh

Tiphaine Giry, compagnie Catherine Hubeau

Laurence Hadj Boaza, Ville de Saint Ouen

Serge Hamon, Compagnie SHAM

Jean Raymond, Jacob Compagnie Oposito

Mme Jouannot, Ville de Villetaneuse

Anne Sophie Levet, Compagnie KMK

Aurélien Lironcourt, artiste jongleur

Caroline Loire, Festival Onze Bouge

Julien Marion, Ville de Montreuil

Olivier Meneux, Conseil Général de Seine Saint Denis

Jacques Philippe Michel, Association mov'n aktion Pré Saint Gervais

Nathalie Milan, Festival de l'oh

Julie Millet, Compagnie Oposito

Christine Misselyn, Ville du Pré Saint Gervais

Carole Modigliani Chouraqui, Ville de Saint Ouen

Pierre Prévost Compagnie, Compagnie Acidu

Alexandre Ribeyrolles, Compagnie La Constellation

Nicolas Soloy, Compagnie les Anthropologues

Richard Sudrie Compagnie K

Youcef Tatem, Théâtre à Ciel ouvert

Aurélie Thuez, Ville de Montreuil

Armelle Vernier, Ville de Paris