Des droits humains fondamentaux

Apparus pour la première fois dans la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1948, et rappelés dans un certain nombre de textes internationaux ratifiés par la France, les droits culturels garantissent l’égale dignité des personnes et la reconnaissance réciproque de leur identité culturelle. En 2015, la fédération nationale des arts de la rue milite en faveur de leur inscription dans la loi NOTRe, rappelant l’attachement du secteur aux droits humains fondamentaux, parmi lesquels la liberté d’expression et de création. Après de vifs débats, l’article 103 est adopté stipulant que « la responsabilité en matière culturelle est exercée conjointement par les collectivités territoriales et l’Etat dans le respect des droits culturels énoncés par la Convention sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles du 20 octobre 2005 ».

Remettre les personnes au cœur des politiques culturelles

La reconnaissance des droits culturels marque une étape importante dans l’histoire des politiques culturelles françaises, jusque-là fondées sur le principe de démocratisation culturelle et profondément marquées par la vision d’André Malraux qui défendait l’accès de tous aux « œuvres capitales de l’humanité ». Le passage d’une politique d’accès à la culture à celle d’une reconnaissance des droits culturels constitue une véritable révolution symbolique, à commencer par la définition même du mot « culture », non plus limitée aux œuvres et aux activités artistiques mais recouvrant « les valeurs, les croyances, les convictions, les langues, les savoirs et les arts, les traditions, institutions et modes de vie par lesquels une personne ou un groupe exprime son humanité et les significations qu’il donne à son existence et à son développement » (article 1 de la Déclaration de Fribourg[1]). Dès lors, et sans nier les bénéfices d’une politique de démocratisation de l’art, les droits culturels nous obligent à remettre en question les enjeux et les modes d’action des politiques culturelles, encore presqu’exclusivement centrées sur la création artistique : passer d’une logique verticale et (con)descendante où l’on apporte LA culture au plus grand nombre à une logique horizontale et de réciprocité où l’on permet au plus grand nombre de partager SA culture, chercher à développer des capabilités plutôt qu’à répondre à des besoins et faire avec les personnes plutôt que pour les publics.

La mise en œuvre des droits culturels dans les arts de la rue

Même si la mise en lumière des droits culturels est très récente, certains professionnels n’ont pas attendu leur inscription dans la loi NOTRe pour imaginer et mettre en œuvre des actions culturelles qui contribuent à donner aux personnes plus de liberté et de dignité grâce à leur participation à la vie culturelle. Dans le secteur des arts de la rue, la tradition historique de proximité et de participation du public, la mise en avant de la diversité (des disciplines, des lieux, des publics, des pratiques, etc.) et de la transversalité et, plus récemment, les démarches contextuelles co-construites avec les habitants sur le long-terme font écho au référentiel des droits culturels. Toutefois, les arts de la rue ne sauraient se dispenser d’une réflexion sur les moyens d’une meilleure prise en compte des droits culturels dans leurs pratiques, en développant par exemple les moyens de sortir de la logique évènementielle et de consommation exclusive d’œuvres et de produits artistiques ou en repensant l’espace public comme l’espace symbolique où l’on fait « humanité ensemble».

[1] Texte rédigé par le « Groupe de Fribourg » issu de l’Institut Interdisciplinaire d’Éthique et des Droits de l’Homme de l’Université de Fribourg (Suisse) en 2007, rassemblant et explicitant les droits culturels énoncés  dans divers textes internationaux et disponible sur https://www.fidh.org/IMG/pdf/fr-declaration.pdf